Le constat est sans appel. Selon le rapport « Décarbonons le secteur de l’autonomie » publié en 2024 par The Shift Project, le secteur de l’autonomie génère environ 10 millions de tonnes d’équivalent CO₂ par an, soit 1,5 % des émissions nationales. « Si rien n’est fait, ces émissions pourraient augmenter de plus de 40 % d’ici 2050. En cause, la hausse des besoins de prise en charge d’une population française vieillissante », souligne le rapport. Les EHPAD se trouvent en première ligne : leur fonctionnement repose sur plusieurs postes fortement émetteurs, notamment l’alimentation, l’énergie des bâtiments et la gestion des déchets. La consommation énergétique des bâtiments représente à elle seule 22 % des émissions, tandis que l’alimentation et les transports en constituent chacun près d’un quart. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts de l’énergie et de tensions sur les ressources, la transition écologique s’impose désormais comme une nécessité stratégique à part entière.
Répondre aux obligations… et anticiper
La France vise la neutralité carbone à l’horizon 2050, ce qui implique une réduction significative des émissions dans tous les secteurs. Les EHPAD doivent se conformer à un cadre réglementaire de plus en plus exigeant, entre dispositif éco-énergie tertiaire, loi EGAlim pour la restauration collective, renforcement des obligations liées aux déchets ou encore surveillance accrue de la qualité de l’air intérieur. Au-delà de ces contraintes, la transition écologique répond aussi à des enjeux économiques très concrets. La hausse des prix du gaz, du fioul et de l’électricité impacte directement les budgets des établissements. Réduire les consommations, optimiser les achats et investir dans des équipements plus performants deviennent dès lors des leviers essentiels de maîtrise des coûts. Dans le même temps, l’engagement dans une démarche RSE structurée renforce l’attractivité de l’établissement, tant auprès des professionnels que des résidents et de leurs familles, de plus en plus sensibles à ces engagements.
Structurer sa démarche : mesurer pour agir
Première étape incontournable, réaliser un diagnostic. La plateforme Score.DD, développée par l’Anap, propose un autodiagnostic à la fois global – à travers une trentaine de questions – et thématique, via des modules ciblés par exemple autour de l’alimentation durable, de la gestion des déchets ou des systèmes d’information. Cet outil permet ainsi d’évaluer le niveau de maturité RSE, de hiérarchiser les priorités et de construire une feuille de route cohérente. Cependant, la diversité et la technicité des sujets peuvent freiner les directions d’EHPAD. Dans ce contexte, le recours à un accompagnement dédié s’avère souvent déterminant, notamment via le dispositif des Conseillers en transition énergétique et écologique en santé (CTEES), déployé à l’échelle nationale.
Des experts de terrain pour accélérer la transition
Financé par la CNSA et la DGOS, ce réseau accompagne déjà près de 5 000 établissements sanitaires et médico-sociaux. Les conseillers interviennent à la fois sur les dimensions stratégiques et opérationnelles, depuis la réalisation d’audits énergétiques jusqu’à l’élaboration de plans d’action, en passant par la recherche de financements et la sensibilisation des équipes. Concrètement, ils peuvent aider un EHPAD à réduire sa facture énergétique, structurer une démarche RSE ou encore mobiliser les équipes autour d’objectifs partagés. Ils facilitent également l’accès aux dispositifs de financement et participent à la diffusion des bonnes pratiques à l’échelle territoriale.
Des leviers d’action concrets et opérationnels
Au quotidien, les établissements disposent de nombreux leviers mobilisables à court, moyen et long terme. En matière d’alimentation, si la loi EGAlim encourage des pratiques plus durables, un outil comme la plateforme « Ma cantine » en facilite le suivi et accompagne les établissements dans leur mise en conformité. L’énergie et le bâti constituent également des axes prioritaires. L’amélioration de la performance des bâtiments, à travers l’isolation, la modernisation des équipements ou une meilleure régulation thermique, peut s’accompagner d’une optimisation de l’exploitation et du recours aux énergies renouvelables. Par ailleurs, des actions simples, comme le réglage des installations ou le passage à l’éclairage LED, permettent d’obtenir rapidement des gains significatifs en consommation*.
Mobiliser pour réussir la transition
« La réussite de la mise en place des leviers de décarbonation dépend de l’adhésion des personnes accompagnées aux transformations proposées », rappelle le rapport du Shift Project, qui souligne également l’importance de former les professionnels et de sensibiliser les résidents ainsi que leurs proches. Ateliers, groupes de travail et démarches participatives constituent autant de moyens de mobiliser les équipes et de donner du sens aux actions engagées. Pour les EHPAD, l’enjeu dépasse en effet la seule dimension environnementale ; il s’agit aussi de renforcer leur résilience face aux crises énergétiques, climatiques et économiques, tout en préservant la cohésion sociale. En impliquant l’ensemble des parties prenantes, la transition écologique peut ainsi s’inscrire pleinement dans le projet de vie de l’établissement, en consolidant le rôle de l’EHPAD comme véritable lieu de vie.
*Sur ce point l’ANAP a mis en ligne deux affiches répertoriant des actions « gagnantes pour verdir et maîtriser vos achats d’énergie » : https://www.anap.fr/s/article/achats-energie-10-actions-verdir-maitriser-depenses-energetiques et « pour réduire durablement votre consommation d’énergie » : https://anap.fr/s/article/10-actions-gagnantes-pour-reduire-durablement-votre-consommation-d-energie
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
*Sur ce point l’ANAP a mis en ligne deux affiches répertoriant des actions « gagnantes pour verdir et maîtriser vos achats d’énergie » : https://www.anap.fr/s/article/achats-energie-10-actions-verdir-maitriser-depenses-energetiques et « pour réduire durablement votre consommation d’énergie » : https://anap.fr/s/article/10-actions-gagnantes-pour-reduire-durablement-votre-consommation-d-energie
> Article paru dans Ehpadia #43, édition d'avril 2026, à lire ici
De nouvelles ressources et une journée nationale à venir
Dans le cadre de la transition écologique des établissements sanitaires et médico-sociaux, l’Anap publie actuellement une série de référentiels nationaux destinés à promouvoir des pratiques écoresponsables dans des services clés tels que les blocs opératoires, l’imagerie, la pharmacie ou plus largement l’hospitalisation. Un ouvrage spécifiquement dédié au secteur médico-social devrait également paraître d’ici fin juin. Pour accompagner leur appropriation, la première Journée nationale des soins écoresponsables se tiendra le 30 juin 2026 au Beffroi de Montrouge (92). Au programme, des formations, ateliers pratiques et retours d’expérience autour de problématiques concrètes, notamment dans les EHPAD.
> Le programme de la journée est accessible sur le site de l’Anap : https://www.anap.fr/s/article/premiere-journee-nationale-soins-eco-responsables
Dans le cadre de la transition écologique des établissements sanitaires et médico-sociaux, l’Anap publie actuellement une série de référentiels nationaux destinés à promouvoir des pratiques écoresponsables dans des services clés tels que les blocs opératoires, l’imagerie, la pharmacie ou plus largement l’hospitalisation. Un ouvrage spécifiquement dédié au secteur médico-social devrait également paraître d’ici fin juin. Pour accompagner leur appropriation, la première Journée nationale des soins écoresponsables se tiendra le 30 juin 2026 au Beffroi de Montrouge (92). Au programme, des formations, ateliers pratiques et retours d’expérience autour de problématiques concrètes, notamment dans les EHPAD.
> Le programme de la journée est accessible sur le site de l’Anap : https://www.anap.fr/s/article/premiere-journee-nationale-soins-eco-responsables




Quand l’EHPAD devient un écosystème : l’engagement soutenable de Perrine Samson